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Changeons " la politiquemensonge"
Le Congo souffre d’une crise morale et sociale.
Les Congolais veulent être assurés d’un emploi stable, d’un système de santé viable, d’une école de qualité. La politique peut-elle rester ce qu’elle est aujourd’hui au Congo, un exercice d’artifice et d’illusions qui corrode la confiance de notre peuple dans la démocratie ?
Malgré les changements de textes constitutionnels, à tort indexés comme boucs émissaires, nous nous rendons compte aujourd’hui que ces textes ne sont ni la seule ni la principale cause de nos désordres. Il existe une cause plus profonde, il réside dans nos mœurs politiques.
Pour certains, la politique ne peut être morale. Elle doit nécessairement reposer dans la tromperie dont ils font l’éloge dans les salons ou dans les états-majors politiques. D’abord, Machiavel. Père fondateur et figure emblématique de la politique mensonge. « Politique luvunu » ; « politique lokuta » dirait-on en Munukutuba et en Lingala.
Même ci le prince transgresse la morale et le droit, il doit donner une apparence contraire pour rassurer ses sujets. Au lieu d’être, il faut paraître. Le logos se trouve coupé de toute relation avec l’être transcendantal. Pour entretenir sa popularité, le prince compose un personnage qui capte l’attention et suscite l’admiration. Au lieu de rayonner, le prince brille.
Pour son comportement, l’adepte de la politique mensonge s’emploie à            frapper l’imagination, il cultive la grandeur et la gloire. L’adepte de la politique-luvunu, possède le sens accompli de la mise en scène. Il manipule l’opinion par une rhétorique qui s’adresse plus à l’imagination qu’à la raison. On parlerait mieux de la poétique. Il exploite les pulsions et les passions du public pour mieux l’abuser. C’est un acteur. La société congolaise en crise, est aujourd’hui gangrenée par la politique mensonge. Cette crise induit une grande dépression et une corruption inquiétante. Dans l’ensemble de la société, l’esprit de combine tend à remplacer l’esprit civique. La politique mensonge prospère sur fond de crise socio-économique avec plus de la moitié des Congolais vivant sous le seuil de pauvreté.
Rappelons-nous que, dans l’Allemagne de 1933, les classe moyennes menacées par la pauvreté et la prolétarisation, ont formé une masse sociale vulnérable et perméable à la propagande nazi et s’est laissé fasciner, éblouir par ses slogans simplistes.
Au Congo, aujourd’hui, nous devons prêter attention à deux facteurs qui se conjuguent pour accoucher d’une démagogie fort extrême du mensonge politique : le mal-vivre et le mal-de-vivre.
Le mal-vivre des congolais, avec plus de la moitié vivant avec moins de 500 FCFA par jour, le chômage qui ne cesse de s’aggraver malgré les 40. 000 emplois par an promis par la Nouvelle Espérance, mais non pourvus après six ans de mandat. Ce fléau apporte l’exclusion, terrain propice aux démagogues.
Le mal-de-vivre induit une absence d’espérance, une absence de perspective d’avenir. Dans les villes, les villages, les peurs s’accumulent et le futur n’est sensé apporter aucun mieux. Posons la question aux Congolais si cela n’est pas vrai. Ce climat de crise et d’angoisse peut être porteur d’aventure politique. L’achat des voix lors des dernières élections, appelé bizarrement « campagne de proximité » est là pour l’attester.
Heureusement qu’à coté de ce tableau noir, il existe encore quelques citoyens congolais discrets et dignes.
J’ai acquis après 10 ans d’exil en France (pays de Pierre Mendès France) et après une année d’observation des pratiques politiques dans notre pays, la conviction que nous devrons retrouver le sens de la morale publique, de la vertu politique. Je n’entends, naturellement pas, m’en exclure.
La force de mes convictions me procure le courage de le dire. C’est le courage seul qui peut rendre à la politique sa noblesse et à la société sa respiration.
S’attaquer à la question de pratique politique est un devoir. Le vrai doit s’appliquer au discours politique, le juste s’attribuer aux actions politiques, et cela donnera naissance à la beauté des actions politiques.
Certains peuvent peut-être objecter en disant que cela n’intéresse pas les Congolais et que ce qu’ils veulent c’est avoir un emploi bien rémunéré, bien se soigner, bien se loger, et bien s’éduquer. Assurément. Mais, pour atteindre ces objectifs, il faut un gouvernement capable de procurer à chacun un emploi stable bien rémunéré, une école de qualité, etc. Pour avoir un gouvernement capable, il faut amender nos pratiques politiques. C’est un préalable sinon ce serait une fuite en avant. C’est faire insulte à l’intelligence de nos concitoyens, de les croire incapables de le comprendre.
Dans la situation actuelle de divorce entre le peuple et le monde politique à cause de nos pratiques politiques, la démocratie ne peut apporter le fruit escompté. Les grandes transformations ne peuvent se réaliser sans la participation enthousiaste et consciente des populations. Sans cet élan, les meilleurs programmes écrits par les plus brillants experts resteront lettre morte. C’est le cas de la Nouvelle Espérance qui, à quelques mois du bilan, est vouée à l’échec. Seule une véritable maïeutique collective permettra de s’attaquer véritablement aux questions de l’emploi, de la santé, de l’école, de la police, de l’armée.
Ce rassemblement du peuple autour d’un projet est possible si le peuple se reconnaît en ses dirigeants élus, sans trahir le suffrage universel et sans confisquer le pouvoir à travers des élections truquées qui font la honte du pays surtout devant l’étranger.
Le peuple doit faire confiance à des leaders politiques dont la parole est digne d’être crue. Le culte de la parole donnée doit être de mise. Comme le disait Jean Jaurès, « c’est à nous de fatiguer le doute du peuple par la persévérance de notre dévouement ». La parole politique est aujourd’hui dévaluée ; le discours public est discrédité. Or, nous savons qu’une démocratie a sa force dans l’adhésion populaire. Sans adhésion populaire, sans la confiance du peuple, la démocratie ne peut fonctionner. D’où l’exigence de la loyauté de ses dirigeants. Je suis d’accord ave Pierre Mendès France qui disait : « La démocratie, c’est beaucoup plus que des élections et le gouvernement de la majorité ; c’est un type de mœurs, de vertu, de scrupule, de sens civique, de respect de l’adversaire, c’est un code moral ».
Trouver ce code déontologique de la politique au Congo est une exigence. Pourquoi tourne t-on aussi systématiquement le dos à cette exigence ? Qu’on la mette en pratique. Alors, il n’y aura plus des articles de ce genre pour en parler.
Mon courage qui accompagne toujours mes convictions profondes m’oblige à dire : « tant que nos hommes politiques n’auront pour autre autres objectifs que d’être réélus et bénéficier d’avantages ad vitam souvent exorbitants aux yeux du Congolais moyen, les réformes de fond ne seront jamais engagées, ayons le courage de le dire, soyons les militants de la vérité ».
A l’opposé de la politique-lokuta, il existe une autre pratique. Celle qui identifie éthique et politique, vérité et démocratie. La vérité, en politique naît de l’analyse rationnelle des faits.
A mon avis, la rigueur doit commencer surtout dans l’opposition. Il y est tentant de remettre les efforts de réflexion au jour où l’alternance forcera la reprise du travail, et de se laisser aller à la facilité, de critiquer sans discernement le gouvernement dont c’est le tour d’être à la peine. Faire comme cela aboutit inéluctablement à l’échec. Un projet ambitieux de transformation social n’a aucune chance d’aboutir sans une conception rigoureuse. L’à-peu-près, le mythe, peuvent porter au pouvoir, mais ils ne permettent pas de bien gouverner. L’approximation et l’improvisation régneraient en maître.
L’opposition doit aujourd’hui prendre le programme de la Nouvelle Espérance, le disséquer point par point et proposer une alternative crédible, chiffrée. L’opposition doit critiquer, mais aussi proposer. Par ailleurs, le pouvoir ne doit pas considérer l’opposition comme ennemie, mais comme partenaire dans la vie démocratique. Le pouvoir doit arrêter le pouvoir. Des compromis sont possibles et non des compromissions qui aboutiraient à une opposition balançoire.
 Une politique qui a été critiqué par une opposition responsable ne peut pas être cyniquement défendue au nom du réalisme ; la fin ne doit pas toujours justifier les moyens.
L’approche de tels opposants balançoires est souvent la suivante : « Le peuple veut rêver, qu’il rêve, on le bercera de beaux discours, nous savons que le peuple n’est pas mûr pour la vérité qui la découragerait ».
L’emploi de ces moyens abjects condamnables, entraîne un désintérêt pour la politique des citoyens responsables et la ruée des délinquants populistes vers la mangeoire. Alors, place à l’opposition alimentaire. Alors, prend naissance une opposition pour le pouvoir (pour justifier un semblant de démocratie à l’opinion internationale) et non plus une opposition contre le pouvoir. 
Heureusement que malgré ces comportements démagogiques, « on peut tromper tout le peuple une partie de temps, ou tout le temps une partie du peuple, mais qu’on ne peut tromper tout le peuple tout le temps » ; avec Abraham Lincoln je sais que ce mauvais fusil de la politique-lokuta n’a qu’une seule détonation, un seul coup.
Le peuple congolais est capable d’entendre la vérité, pourvu qu’on prenne la peine d’expliquer sincèrement. Nous savons les efforts consentis par ce pays qui, en 1992, était le pays le plus endetté du monde par tête d’habitant. Des explications sincères ont été données aux citoyens, aux syndicats, à la presse avant d’aboutir à des accords avec les institutions de Bretton woods,  ensuite à des contrats de partage de production pétrolière et, enfin, aux payements réguliers des salaires et des bourses aux étudiants. Le pouvoir actuel dans les domaines de la santé, de l’éducation, des routes, doit être moins révolutionnaire dans ses discours et davantage dans ses actes.
Nous n’ignorons pas la part de rêve qui doit accompagner toute entreprise politique d’ampleur, mais le rêve ne doit pas signifier l’illusion, sous peine de virer au cauchemar quand le peuple se réveille.
Sans vérité, il n’y a pas de République véritable, les citoyens sont trompés et abusés.
Les élections présidentielles approchent. 2009, c’est bientôt. L’élection est une dette vis-à-vis du peuple. Le pouvoir est au peuple, rien qu’au peuple. Les élus en partant du conseiller au Président de la République, ne sont que ses représentants. L’élu n’agit pas en son nom propre, mais en celui de ceux qui l’ont choisi. A l’égard de ceux qui l’ont élu, il a contracté une obligation, une véritable dette. De même, les électeurs devraient refuser la corruption qui annule la dette de l’élu corrupteur. De tels errements feraient de la démocratie un simulacre. Ce simulacre engendrerait l’illusion, et donc la déception.
Les partis politiques et les candidats ont la responsabilité, au cours de cette campagne présidentielle, de faire apparaître clairement les clivages. Il est fondamental que chaque candidat soit identifié à quelques thèses claires et net sur l’attitude à adopter dans la situation de crise actuelle. A travers le parti ou le candidat, ce sont ces thèses que les citoyens choisiront, elles constitueront les clauses du contrat moral qui unira le peuple congolais et son président.
Il faut finir avec cette politique du moi, cet ego politique qui transforme les citoyens en spectateurs. Les candidats ne doivent pas se disputer le premier rôle sans programme véritable. Ils doivent parler au maximum du fond des choses et des alternatives réelles. Ils ne doivent pas inviter à choisir un homme et son image, mais plutôt une politique et son projet. Les sexes de la personnalisation du pouvoir altèrent la politique dans notre pays et flouent les électeurs. Il faut donner la priorité au fond et non à la forme. Les débats publics doivent se déplacer des personnes vers les programmes. La presse audiovisuelle doit s’y mettre en organisant des débats contradictoires : programme contre programme, projet contre projet. Il est intéressant, au cours de ces débats, de présenter des programmes chiffrés et en définir les modalités de financement.
L’élu est tenu au respect de ses promesses électorales par une obligation bien plus grande que l’impératif moral de ne pas mentir : en ne respectant pas son contrat, l’élu détruit la confiance, il sape les fondements de l’édifice démocratique commun.
Aujourd’hui d’ailleurs, on observe déjà les effets de cette sape. Beaucoup de citoyens écoutent en souriant ou en riant les promesses toujours nouvelles du pouvoir en place ; ceux qui ont cru à la déclaration du patrimoine des membres du gouvernement lors de leur prise de fonction et à la cessation de celle-ci, la création de 40.000 emplois par an, ont dû déchanter face à la réalité. Le contrat moral conclu a été ignoré ou méprisé. On sait pourtant que l’article 48 de la Constitution précise que l’inobservation de l’obligation de déclarer son patrimoine entraînerait la déchéance. Hélas ! 
Il est temps de rompre avec cette culture politique que connaît notre pays. Pour beaucoup, le pouvoir est une finalité et non un moyen de transformation social du Congo. Pour beaucoup, le pouvoir a besoin de parade et de mystère pour conserver son autorité. D’où les privilèges non payés en retour de devoirs particuliers. Ces privilèges vont à ceux qui en ont le moins besoin. Ils aggravent le cercle vicieux des inégalités. Alors, pour les milieux populaires, les handicapes, au lieu de s’additionner, se multiplient l’un après l’autre : le handicape sociale d’un emploi faiblement retribué du fonctionnaire se double d’un handicape scolaire des enfants relégués dans les établissements publics méprisés où les enfants sont assis à même le sol. Les calligraphes ne sortiront probablement pas de là.
Symétriquement, les privilèges des plus favorisés se combinent également entre eux.  
Tenez, le journal français le « Monde » du 31 janvier 2008, a pris connaissance d’une enquête policière ouverte par le parquet de Paris en 2007. L’inventaire du patrimoine vertigineux du clan présidentiel n’y est pas dressé par moi, ni par les militants tiers-mondialistes en lutte contre la Françafrique. Il se lit dans les 34 procès-verbaux rédigés entre juin et novembre 2007 par les policiers de l’Office central pour répression de la grande délinquance financière (OCRDGF). Le journal français précise que les enquêteurs ont également répertorié un appartement de 9 pièces acheté à Paris 17eme en 2007 pour 2 470 000 Euros par l’épouse du Président, Antoinette SASSOU NGUESSO. Il mentionne aussi le logement de 10 pièces de 1 600 000 Euros acquis en 2005 à Paris par leur fils Denis Christel, ainsi que l’hôtel particulier de 7 pièces avec piscine intérieure à Neuilly-Sur-Seine acheté à 3,15 millions d’Euros en 2006 par Julienne, leur fille cadette.
Comment justifier ces revenus colossaux ?
Supposons que juridiquement, ces comportements soient corrects, cependant, moralement, ça pose problème auprès des jeunes étudiants Congolais, sans bourse, obligés de faire les petits boulots pour supporter le loyer de leurs studios en France ou à Brazzaville.
Notre société est malade de cette croissance exponentielle des inégalités.
On trouvera peut être quelques sophistes zélés du pouvoir pour défendre de telles pratiques en voulant guider le choix de la cité au gré des intérêts particuliers qu’ils voudraient maquiller par leur belle éloquence.
Les élus qui, généralement, n’appartiennent plus aux milieux défavorisés viennent aggraver ces inégalités. Il n’y a qu’à comparer le traitement d’un président de Commission à l’Assemblé nationale, d’un président du Conseil département avec celui d’un médecin, d’un ingénieur à la Fonction publique.
Voila comment les privilégiés usent du pouvoir que le peuple leur a confié.
S’agissant de ces privilèges, seule une prise de conscience de la classe politique pourrait y mettre fin réellement. Il est urgent d’arrêter de dépouiller les morts. Cependant, j’en conviens avec Montesquieu qui nous rappelle que « le renoncement à soi-même est une chose très pénible ». L’attention des citoyens qui en ont assez de ces abus est plus que nécessaire.
Les expériences des vieilles démocraties peuvent nous inspirer.
Nous avons tendance à n’avoir en référence que les pratiques démocratiques françaises, alors que la solide tradition démocratique des pays scandinaves est plus intéressante. Elle nous prouve que le pouvoir n’a pas besoin d’être entouré d’honneurs invraisemblables pour se faire respecter. La démocratie y vit par la vertu publique. Les ministres préfèrent être distingués par leurs concitoyens pour leur engagement, que de l’être par la magnificence de leur train de vie. Les lois ne sont pas moins respectées en Suède parce que les ministres vont comme tout le monde, elles sont d’ailleurs rigoureusement respectées surtout en matière de finances publiques. Au lieu de cela, au Congo nous voyons ce train de vie vertigineux.
Une autre dimension de changement est le primat de l’intérêt supérieur du pays par l’élu.
Le vainqueur d’une élection doit devenir l’élu de tous. L’oubli de cette vérité élémentaire crée des dérives de clientélisme, de clanisme, particulièrement dangereuses ; la puissance publique est détournée au profit d’une seule partie de l’électorat : « les autres ne sont pas avec nous ».
Alors, les nominations aux emplois de la Fonction publique notamment les plus importants, offrent le plus sûr terrain où ce cancer règne.
Les plus opportunistes défendent avec cynisme ce pure scandale : « il faut bien que le vainqueur de l’élection remercie ceux qui l’ont aidé à conquérir le pouvoir, en leur conférant quelques prébendes dont ils tireront des revenus substantielle ». Etrange conception du service public ! 
Les emplois créés dans les services publics ne se justifient et ne se justifieront que par leur utilité à la Nation. Qui de nous, homme politique, ira allégrement se faire opérer par un chirurgien nommé chef de service grâce exclusivement à ses accointances politiques ? N’étant pas de même bord politique, l’hésitation sera grande.
Comment peut-on admettre que l’administration soit dirigée par ce système absurde et non selon les compétences ?
Aujourd’hui, le pouvoir en place s’est permis le luxe d’écarter les serviteurs de l’Etat compétents pour des raisons politiques. Les talents sont-ils si abondants au Congo ? Le risque de fuite de cerveau nous guette, surtout avec les politiques occidentales d’immigration choisie. Le cas des médecins doit nous préoccuper.
L’Etat n’est pas un butin, ni d’après guerre, ni d’après élection. L’Etat n’est pas une dépouille à partager après l’attaque. La conception de l’Etat-butin fait que les gens préfèrent vivre des revenus que la politique leur procure sans avoir jamais exercé un autre métier. L’existence de cette catégorie de citoyens n’ayant jamais exercé un autre métier, ne vivant que des revenus procurés par la politique, incite aux nominations politiques.                  
Il faut construire un pont entre la vie politique et la vie professionnelle. Si on n’est plus à la politique, soyons capables de retrouver notre autre métier. Qu’il y ait l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, au moment où il faut.
Le gouvernement doit éviter, hormis quelques postes particulièrement sensibles, des nominations politiques.
On peut m’objecter, en me parlant du spoil system américain : « celui qui gagne, gagne tout, celui qui perd, perd tout », ce système aux USA est compensé par l’obligation d’une commission bipartite du Sénat de statuer sur certaines nominations importantes. La commission évalue les qualités professionnelles et morales du candidat présenté par le Président. Pourquoi ne pas s’inspirer d’un tel système ?    
Nous devons dépasser l’intérêt partisan et donner la priorité au Congo, comme l’indiquait le Président LISSOUBA.
Certes, il est important de montrer ce qui nous oppose, mais éviter de penser que l’opposition est l’ennemie ou que si le pouvoir dit « jour », l’opposition doit systématiquement dire « nuit » sans proposer une alternative.
Nous avons le cas de la position du PS face à la guerre en Irak. Fort de ses convictions et de son sens d’intérêt général, le parti socialiste a soutenu l’action du Président Chirac visant à arrêter la guerre en Irak. Le soutien n’exclut pas la critique.
Notre pays, le Congo aspire à un profond changement moral et social. Cette vraie rupture, cette transformation radicale ne s’accomplira pas sans une remise en cause profonde de nos mœurs politiques. Optons pour la vérité, la transparence et surtout le courage. Abandonnons cette politique du ventre.
Un autre vaste chantier auquel il faut s’attaquer sans tarder et avec audace, c’est au niveau du pouvoir législatif. Le pouvoir de contrôle du Parlement doit être renforcé. Comment, aujourd’hui, le Parlement peut faire le point devant une administration politisée ?
Comment peut-il disposer de techniciens, d’experts, d’administrateurs en nombre suffisant pour examiner dans l’urgence des matières aussi complexes ?
Comment faire pour que dans la pratique, le Parlement ne se remette pas souvent aux avis des experts ministériels nommés sur des bases politiques ?
Cette faiblesse des services parlementaires rend difficile, voire illusoire, le contrôle du gouvernement dont le chef est le président de la République.
Pour les députés de la majorité, le soutien au gouvernement ne doit pas être aveugle et ne doit pas prendre les allures de vassalisation.
Comment notre Parlement peut-il aujourd’hui avoir les moyens et l’envie d’exercer son pouvoir de contrôle étant entendu que l’information des parlementaires en l’absence d’une administration autonome vient essentiellement du gouvernement ?
Les limites de contrôle parlementaire sont donc vite atteintes.
Enquêter efficacement sur des questions sensibles touchant le clan présidentiel, sans moyens, est à mon sens aujourd’hui difficile.
Il faut transformer la séparation des pouvoirs en une réalité.
L’article 16 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme et du citoyen, nous le rappelle : « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, et la séparation des pouvoirs déterminée, n’a pas de Constitution ». Telle doit être notre exigence au Congo.
La vitalité des libertés est liée à un parlement respecté. Il est temps que notre vie démocratique retrouve son énergie, grâce à la restauration d’un parlement capable de parler avec l’exécutif sur un même pied d’égalité. Que le Parlement reprenne sont rôle de pouvoir égal, et non, soumis au pouvoir exécutif.
N’est il pas possible de créer au sein du Parlement des structures ou organismes à temps plein capables de mener des évaluations et des expertises nécessaires à un véritable travail de contrôle de l’administration et du gouvernement, ensuite établir un lien entre ces organismes et la cour de comptes ?
Je me réjouis que des progrès soient réalisés dans le non cumul des mandats des parlementaires et des ministres.
La démocratisation de notre système politique exige une participation très fréquente des citoyens à la vie politique. Le vote en est l’occasion privilégiée.
Alors, pourquoi maintenir un mandat de 7ans plus long chez nous que chez nos voisins ? La tendance dans les pays démocratiques est à la réduction de la durée. Des élections plus fréquentes maintiennent l’attention des citoyens sur leurs responsables politiques et renforce la responsabilité de ces derniers, tenus de rendre compte très souvent.
Je propose 5ans pour tous les mandats électifs. Certains vont objecter que la condition de l’action est la durée. Tout démontre au contraire que l’action dépend d’abord de la volonté.
En conclusion, la politique-mensonge, politique-lokuta, politique-luvunu n’est pas toute la politique. Il existe aussi à l’opposé, une autre conception, une autre pratique qui se situe aux antipodes de la duperie, de la tromperie. Cette conception de la politique se fonde sur la loyauté du comportement et la sincérité du discours.
Face à ceux qui considèrent la vie publique comme un jeu d’apparence et d’artifice, il y a ceux qui ne séparent pas éthique et politique et qui fondent leurs actions sur des valeurs morales. A commencer par la vérité.
La confiance dans la démocratie ne sera effective qu’avec la politique-vérité.
Alors, changeons !     
 
Jean Marie EPOUMA
Un des Vice Présidents de l'UPADS
 
                                                                               
                                
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