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Congo Brazza : Un clan s'enrichit, le peuple s'appauvrit
Dopée par la flambée du prix du pétrole sur le marché international, l’économie congolaise connaît une croissance de plus de 7%, assurant ainsi aux caisses de l’Etat des recettes estimées en centaines de milliards de FCA. Et pourtant, le peuple congolais n’a jamais été confronté autant qu’aujourd’hui à des difficultés quotidiennes. D’où vient donc ce paradoxe d’un Etat de plus en plus riche avec des populations de plus en plus pauvres ?
Le Congo n’a jamais été aussi riche qu’aujourd’hui : la croissance économique devrait dépasser les 7% en 2008, non pas en raison des choix pertinents du régime de Sassou, mais du fait de l’enchérissement du prix du baril de pétrole sur le marché international.
Selon une estimation établie par l’ancien ministre des Hydrocarbures Benoît Koukébéné, le Congo a, au bas mot, encaissé 25 milliards de dollars de recettes pétrolières ces dix dernières années. M. Koukébéné, qui sait de quoi il parle pour avoir négocié les contrats de partage avec les multinationales, estime également qu’avec un baril à plus de 80 dollars, le Congo a dû encaisser au moins un milliard de dollars de recettes supplémentaires. Devant l’évidence, le gouvernement de Sassou a été contraint de reconnaître l’existence d’importantes recettes pétrolières supplémentaires, tout en refusant d’indiquer précisément leur importance et leur affectation ; un exercice de transparence auquel Sassou ne va jamais sacrifier. Limiter, comme il l’a fait, la transparence à la seule création d’un compte dit de stabilisation à la Banque centrale du Congo stabilisation, c’est sortir au grand jour sa stratégie de prédation et de gaspillage des ressources nationales.
Opacité totale
Absence de transparence dans la gestion des revenus pétroliers, opacité totale également dans l’exploitation des ressources forestières. C’est avec peine, et sans doute faute d’alternative, que le régime de Sassou a reconnu que l’exploitation forestière a connu une progression de 50%, passant de 1 million de m3 à 1,5 million de m3 dès 2006. Si elle garantit les bonnes affaires des multinationales du secteur du bois, cette progression n’en demeure pas moins une importante source de recettes pour les caisses de l’Etat congolais. En l’absence, là encore, des chiffres exacts sur les rentrées de devises pour le Congo, on ne peut que s’en tenir aux estimations des spécialistes qui chiffrent à plusieurs centaines de milliards les recettes assurées par l’exportation du bois. Autant des milliards qui viennent s’ajouter à d’autres milliards reçus au titre des revenus pétroliers, de l’aide budgétaire, de l’annulation de la dette et des prêts accordés par la France, l’Union européenne, la Banque mondiale et d’autres partenaires du Congo. Mais si l’Etat congolais n’a jamais été aussi riche, les populations, quant à elles, n’ont jamais été aussi confrontées à la précarité et à l’incertitude du lendemain.
Secteurs sociaux sinistrés
Un état des lieux présenté en décembre dernier lors d’un grand colloque organisé par l’ONG Téléma montre que tous les secteurs sociaux congolais sont dans une situation critique. L’école publique ne fonctionne plus dans le pays : il n’y a pas d’enseignants, ni en quantité, ni en qualité. Il n’y a pas, non plus, d’infrastructures scolaires et de matériel pédagogique. Des milliers d’enfants issus des milieux défavorisés sont ainsi exclus du système scolaire alors que la nomenklatura, quant à elle, envoie ses rejetons dans les meilleures institutions d’enseignement et de formation d’Europe et d’Amérique du Nord. C’est cela le Congo de Sassou, un pays à deux vitesses. La situation n’est guère plus brillante dans le supérieur. Car l’Université Marien N’Gouabi, abandonnée par le pouvoir qui nourrit une haine viscérale envers les intellectuels, n’est que le fantôme d’elle-même. Des professeurs démotivés, des étudiants sans perspectives, une recherche en panne : depuis dix ans, tout a été fait par Sassou pour étouffer l’unique institution universitaire du pays qui fut jadis une référence en Afrique centrale et même sur l’ensemble du continent. Que dire donc du secteur de la santé lorsque celui de l’éducation est à l’abandon ?
Dirigeants coupés du peuple
Sachant que lui-même, ses ministres et tous les barons de son régime peuvent s’envoler pour l’Europe pour soigner un rhume, des maux de tête ou une angine, Sassou N’Guesso n’a jamais placé la Santé parmi ses préoccupations. Dans ce secteur, il n’a même pas su préserver les acquis du régime du président Lissouba. Résultat : le Congo n’a aujourd’hui aucune infrastructure sanitaire digne de ce nom. Considérée comme l’institution de référence dans le pays, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Brazzaville souffre de panne d’ascenseurs. Selon une anecdote authentique, des parents des patients sont obligés de payer « des porteurs» pour les aider à rejoindre sur les étages les services d’hospitalisation ou de consultation. «Les tarifs varient en fonction du poids du patient et de l’étage où se trouve le service à atteindre», a raconté un usager du CHU.
Ailleurs dans le pays, les institutions sanitaires, lorsqu’elles existent, sont confrontées à l’insuffisance du personnel, au manque de médicament, à l’absence du matériel minimal de travail. En dépit d’une volonté louable du personnel soignant, certains centres de santé du Congo ne sont que de véritables mouroirs. Une situation moralement inacceptable pour un pays dont la trésorerie déborde de devises tirées de l’exportation du pétrole et du bois. A qui profite donc les richesses du Congo ?
Apl- Pem
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