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Interview de Dominique Nimi-Madingou, un des Vice-présidents de l’UPADS et député de MAKABANA dans la région du Niari.
« Nous ne serons jamais les porte-parole de la politique du PCT ».
Un des Vice-présidents de l’UPADS, Dominique Nimi-Madingou, revient dans cette grande interview sur les dernières élections législatives au Congo. Il en dresse le bilan en félicitant les militants du parti pour leur mobilisation effective. Le Vice-président Nimi-Madingou évoque par ailleurs la stratégie de l’UPADS pour les échéances électorales prévues en 2008 et en 2009 au Congo.
Q : A posteriori, quelle justification donnez-vous à la participation de l’UPADS aux dernières législatives dont on sait qu’elles n’ont été ni démocratiques et transparentes, ni régulières ? Est-ce le bon choix d’aller aux élections ?
R : Le choix de l’UPADS s’explique d’abord par des considérations d’expérience notamment au regard de ce qui s’est passé dans d’autres pays où l’opposition n’était pas allée aux élections. Vous prenez le cas du Tchad, vous verrez que le boycott des élections a aidé à consolider le pouvoir autoritaire en place. Et il ne reste plus, dans ce cas, à l’opposition que la rue pour crier ou prendre les armes. Plus récemment encore au Sénégal, les partis d’opposition ont boycotté les législatives et la présidentielle. Aujourd’hui, il ne leur reste que la rue et la presse pour s’exprimer. On note malheureusement que cette situation n’empêche ni le président mal élu ni les partis qui ont bénéficié du boycott de faire comme si l’opposition n’existait pas. Il y a également des considérations internes à la vie politique congolaise dans le choix de l’UPADS d’aller aux élections. Le parti venait d’organiser son congrès, de renaître à la vie politique après dix années d’absence de la scène politique, dix années d’orphelinat pour sa base politique. Il était concevable que l’on ait tenu le congrès et que l’on soit absent du combat politique. Enfin, et cela répond d’ailleurs à des préoccupations soulevées, la mobilisation des militants était à son comble malgré la longue absence du parti de la scène. La participation aux élections procède donc de la volonté de relancer le combat politique au niveau des instances dirigeantes du parti et de la base. Sur ce point, je constate avec satisfaction que nous y sommes parvenus.
Je dois dire pour conclure sur cette question que le boycott ne permet pas de mesurer la mauvaise foi du parti politique au pouvoir.
La participation de l’UPADS aux élections et la présence des observateurs internationaux ont mis à nu la tricherie du pouvoir de Brazzaville ; je note avec satisfaction que ce mauvais comportement a eu un large écho dans les médias. Notre participation a permis de démasquer le pouvoir, de révéler à la face du monde sa vraie nature. Le clairon démocratique qu’il souffle n’est que du vent. Parce qu’il arrivé au pouvoir par des moyens illicites, Sassou n’a toujours pas digéré la démocratie.
Q : Certains estiment que le parti aurait dû retirer ses militants au second tour dès lors que le premier a été entaché par des fraudes massives. Cet argument vous parait il pertinent ?
R : La position prise par le parti après le second des législatives s’inscrit dans le droit fil de l’analyse qui nous a amenés à être présents au premier tour. Le pouvoir avait expliqué les fraudes massives constatées au premier tour par des considérations techniques, des raisons de délai. Il prétendait que sa bonne foi n’était pas en cause et qu’il était prêt à en apporter la preuve. Nous avons décidé d’aller aux élections, estimant que le vin étant tiré, il faut le boire jusqu’à la lie. L’intervalle entre les deux tours permettait suffisamment au pouvoir de combler les lacunes constatées et d’organiser un scrutin transparent et libre. A posteriori, force est de constater qu’il ne s’agit pas d’un problème technique mais d’une volonté délibérée de conserver par tous les moyens le pouvoir. De ce point de vue, il était bon que nous soyons au second tour. S’il n’y avait pas eu les grossièretés du second tour, l’UPADS aurait eu encore plus de députés. Plusieurs de nos élus ont été disqualifiés au sortir des urnes. Sous de prétextes fallacieux, les règles du jeu ont été modifiées par le pouvoir en place qui a montré sa capacité à aller le plus loin que possible dans la fraude. Ils ont usé de toutes les techniques de fraudes possibles : pressions militaires, achats de conscience à l’entrée comme à la sortie des urnes. Tout cela a été finalement su parce que nous sommes allés aux élections. Enfin, il aurait été difficile de se retirer sans frustrer les militants et sans pénaliser les candidats du parti qui ont financé par eux-mêmes leurs campagnes électorales et qui étaient sur le point de remporter des sièges avec l’appui des instances dirigeantes de notre formation politique.
Q : En dépit de la technologie de fraude, l’UPADS a réalisé un score plus qu’honorable en remportant dix sièges. Quelle explication donnez-vous à cette bonne performance ?
R : En allant aux élections, nous savions d’entrée de jeu que nous ne serions pas majoritaires, le pouvoir ayant artificiellement gonflé certaines circonscriptions, supprimé d’autres dans des zones réputées favorables à l’UPADS. Ainsi dix circonscriptions ont été soit transférées soit éclatées pour être envoyer, qui dans le Koylou, qui à Pointe-Noire, qui dans les plateaux du Nord sans justification démographique. En démocratie, le nombre de circonscriptions électorales doit être déterminé par le nombre d’habitants et non par la superficie. Le pouvoir n’a pas tenu compte de cette exigence. La forte mobilisation des militants de l’UPADS dans tous ses fiefs a aussi fortement contribué à la victoire de ses candidats. Troisièmement, les candidats de l’UPADS ont tenu lors des meetings un discours sans crainte ni peur des représailles du pouvoir ; cela a rassuré les militants. Ils ont compris qu’il n’y avait rien à craindre en votant UPADS. On a aujourd’hui dix députés, on aurait pu avoir davantage si le pouvoir n’avait pas organisé des fraudes massives au premier et au second tour. Nous avions tablé sur une vingtaine de députés, nous n’avions que 10 grâce à la mobilisation des militants et à la qualité de la campagne menée par les candidats du parti.
Q : On peut quand même croire que c’est le PCT et Sassou qui vous ont donné quelques sièges pour donner un vernis de crédibilité au scrutin. Que répondez-vous à ceux qui formulent cette hypothèse ?
R : C’est une bonne question ! Le paradoxe apparaît très clairement : si nous devons bénéficier de la complicité du PCT, nous devrions en bénéficier jusqu’au bout. Pourquoi le PCT sentirait-il le besoin de frauder puis de nous laisser facilement quelques sièges ? Il ne peut nous laisser un temps le champ libre, puis frauder une autre fois. Tout cela est paradoxal, la volonté de frauder du pouvoir du PCT est avérée. Ce parti veut tout contrôler et ne laisser aux autres que la portion congrue. Le MCDDI de Bernard Kolélas en eu la preuve : il s’est allié au PCT et aujourd’hui son influence politique s’est effondrée. Alors que ce parti avait 22 députés à la législature de 1992, il se retrouve aujourd’hui avec 12 députés. En partie, son échec aux élections s’explique par la concurrence du PCT son prétendu allié qui a présente des candidats concurrents à ceux du MCDDI en les déguisant en indépendants ou par le jeu des redécoupages administratifs. Mais tout ça c’est leur problème !
Q : Quel sera le rôle de l’UPADS au parlement ?
R : Le parlement est quand même une tribune où l’opposition peut s’exprimer, où dossier à l’appui elle peut montrer les dérives du pouvoir et lui imposer de se corriger. Nous ne préconisons pas une opposition constructive, car nous n’avons rien à construire avec le pouvoir de Sassou. Notre rôle sera de pointer du doigt ce qui ne marche pas et de le montrer à la face du monde. Nous allons prêter une attention particulière la gabegie et aux dérives dictatoriales.
Grâce à des outils comme des commissions d’enquête parlementaires…
Exactement ! Sans compter qu’on aura entre les mains et sous les yeux le projet de budget afin d’en apprécier le contenu et de demander au gouvernement des explications sur tel ou tel autre choix budgétaire. Ce n’est qu’à travers le budget qu’on juge l’action d’un Exécutif. On doit, toutefois, regretter que dans la Constitution actuelle, le pouvoir ne puisse pas sanctionner le gouvernement encore moins le président de la république. Nous serons donc une minorité intelligente, agissante et efficace dans ce parlement sans influence.
Q : A la différence de ce qui se fait ailleurs dans le monde, le parlement congolais ne compte pas dans son bureau des députés de l’opposition. Comment expliquez-vous cette exception congolaise ?
R : Réponse : La formation du bureau de l’assemblée nationale montre encore une fois la mauvaise foi de ce pouvoir. Il semblerait qu’on ait réservé la présidence d’une commission ; celle de l’Education et de la Culture, paraît il. Pour nous, présider une commission est dangereux parce que cela vous amène à être le porte-voix et le porte-parole d’une politique que vous ne partagez pas. Nous ne sommes pas dans une plate-forme de gouvernement avec le PCT, nous ne pouvons pas accepter de nous faire les porte-parole de sa politique. Nous ne pouvons donc pas accepter de présider des commissions à l’assemblée nationale. Nous restons dans notre statut de parti d’opposition. Nous serons membres des commissions pour donner notre appréciation de toute question en débat, mais jamais nous ne serons les porte-parole de la politique du PCT.
Q : Passées les législatives, les regards sont déjà tournés vers l’échéance de 2009 ? L’UPADS a-t-elle déjà défini une stratégie pour cette échéance ?
R : Nous sommes en pleine réflexion. Avant 2009, il faut déjà traverser 2008, une année qui sera marquée par les élections locales. Nous réfléchissons actuellement au meilleur moyen d’aborder chacun de ces scrutins en tenant surtout compte de la machine à frauder du pouvoir. Nous attendons que les recommandations fort pertinentes des observateurs internationaux soient suivies relativement la création d’une commission électorale véritablement indépendante, la refonte du fichier électoral et au redécoupage des circonscriptions électorales. Nous allons nous atteler à obtenir la satisfaction de ces exigences démocratiques avant d’aller aux prochaines élections !
Q :La communauté internationale a été très ferme dans sa critique de l’organisation du scrutin. Avez-vous été surpris par cette prise de position ? Comment l’appréciez-vous ?
R :Nous avons été très satisfaits de la prise de position de la communauté internationale lors des premier et second tours des législatives. Je dois même dire que cette prise de position est le principal résultat de cette consultation. Nous avons également apprécié que la communauté internationale dise clairement à ce régime sur quels points il doit accomplir des progrès pour permettre au peuple congolais de s’exprimer très librement.
Q :Croyez-vous aux promesses du président Sassou de tirer définitivement les leçons de l’échec des législatives et de jouer le jeu de la démocratie ?
R : Je n’y crois pas du tout ! Avec Sassou, seule la pression marche. Toute autre chose ne marche pas. Pour ma part, je ne crois pas en sa capacité de se transformer subitement en démocrate. Il lui revient d’en apporter la preuve et nous convaincre que nous faisons une erreur d’analyse.
Propos recueillis par AP- Pemangoye
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