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INTERVIEW 
 
Ange Edouard Poungui, Vice-président de l’UPADS : « Que l’année 2008 soit le point de départ de notre longue marche pour la reconquête du pouvoir »
 
 
Ange Edouard Poungui apparaît, aujourd’hui, comme l’un des rares candidats potentiels acceptables par une grande partie de la classe politique congolaise, pour la présidentielle de l’année prochaine. Des voix de plus en plus nombreuses viennent fondre à ce credo et voient en lui l’homme providentiel susceptible d’incarner l’espoir d’une véritable rupture. Le vice-président de l’U.P.A.D.S. bénéficie d’une aura particulière : il échappe aux surenchères extrémistes et n’a aucun compte à solder.
 
La Rue meurt : M. le Président, quel est l’objet de votre voyage au Congo votre pays ? Est-ce pour venir soutenir les candidats de l’UPADS aux élections locale ?
 
Ange Edouard Poungui : En ma qualité de Vice-président de l’UPADS et surtout depuis le premier congrès extraordinaire du parti, je me fais un devoir de participer à l’animation du parti en prenant part aux activités dans la mesure de ma disponibilité. C’est ainsi qu’en mars avril 2007, j’ai effectué une tournée qui m’a conduit à Pointe-Noire, Dolisie, Sibiti, Loudima, Mouyondzi, Boko-Songho, Madingou, Loutété et dans deux arrondissements de Brazzaville. En juin de la même année, j’ai participé avec d’autres responsables de notre parti, à la campagne électorale des dernières législatives. J’ai soutenu nos candidats notamment dans les circonscriptions de Dolisie, Mossendjo, Makabana, Mayéyé, Sibiti, Loudima, Mfouati, Nkayi, Londéla-Kayes, Mouyondzi et Madingou. Cette fois, je serai basé à Madingou où je conduis la liste du parti aux élections locales. N’empêche que si le temps me le permet et selon ce que le parti décidera, oui, j’irai soutenir nos candidats dans d’autres localités du pays.
 
La Rue meurt : Comment se porte l’UPADS en France ?
 
Ange Edouard Poungui : L’UPADS en France est en pleine restructuration. La Coordination du parti en France que dirige notre camarade Anges Mabiala, s’attelle à ce travail exaltant avec méthode et détermination. Je pense que le travail de restructuration du Parti en France et en Europe sera terminé d’ici la fin du second semestre 2008. Personnellement et récemment, j’ai participé à Lyon à une assemblée générale des membres du parti de la région Rhône-Alpes. De même que j’ai rencontré les militants du parti de Lille dans le Nord de la France. J’ajoute qu’au moment où le Bureau Politique tenait sa session à Brazzaville, les membres du Bureau Politique qui n’avaient pu faire le déplacement de Brazzaville, se sont réunis à Paris autour du même ordre du jour et, pour l’essentiel, nous avons noté une convergence de vue entre les participants de Brazzaville et nous, sur la plupart des sujets débattus. De ce qui précède, je peux en déduire que l’Upas France est en phase avec sa direction nationale. Enfin, de nombreux militants de notre parti participent régulièrement aux activités politiques de la diaspora congolaise en France, notamment sur la place de Paris.
 
La Rue meurt : M. le Président, l’UPADS est encore une fois de plus traversée par des conflits internes au haut sommet. Contestant les conclusions du congrès extraordinaire de l’UPADS de décembre 2006, deux cadres du parti en appellent à la convocation d’un congrès unitaire pour mettre en place une nouvelle direction nationale. Cette démarche vous conforte-t-elle ?
 
Ange Edouard Poungui : Ecoutez ! Vous devez vous habituer à entendre des voix discordantes s’exprimer au sein de l’UPADS. Ce que vous appelez conflits est à mon avis, la manifestation de la liberté d’expression qui caractérise un parti démocratique comme l’UPADS qui s’efforce, en dépit du moule monopartiste dans lequel ont été pétris nombre des dirigeants et membres, de faire la promotion de la culture démocratique en son sein. Comme vous pouvez le constater, les conflits que vous relevez ne portent pas sur des questions majeures relevant de la ligne du parti mais plutôt sur des questions de personnes. J’observe par exemple que personne ne conteste l’encrage du parti dans l’opposition au régime du président Sassou. A cet égard, je me réjouis de ce qu’aucun membre de notre parti n’a cédé à la tentation de participer même à titre individuel, au gouvernement alors que la rumeur prétendait que certains de nos camarades seraient nommés ministres lors du prochain remaniement du gouvernement. La ligne du parti excluant toute participation à un gouvernement qui ne résulterait pas d’un règlement politique global de la crise congolaise, a donc été respectée. L’unité du parti est sauve. C’est l’essentiel. Pour le reste, les divergences inhérentes à un parti qui se réveille d’un long coma et dont les adversaires avaient prédit l'implosion, doivent être aplanies par le dialogue militant au sein du Parti. J’en appelle donc au sens de responsabilité des militants et cadres du parti pour préférer le dialogue constructif à la confrontation. Au moment où le parti plus que jamais, se pose en leader de l’opposition congolaise, nous ne devons pas ruiner par nos querelles subalternes, tous les espoirs que nos concitoyens placent en nous. Pour cela, chacun de nous doit se faire violence en réprimant son ego. Je rappelle que le dernier congrès extraordinaire du parti, avait décidé de maintenir « les portes ouvertes » afin de favoriser ce dialogue. Je lance un vibrant appel à tous nos camarades pour qu’ils reprennent sans délai la voie du dialogue et de la réconciliation telle qu’amorcée à Nkayi et Bouansa en juin dernier quand Pascal Tsaty-Mabiala et Christophe Moukouéké étaient côte à côte pour soutenir les camarades Jacques Mouanda Mpassi et jean Gilbert Nitou, tous deux candidats aux dernières législatives. Seul un tel dialogue pourra conclure à la nécessité ou non, d’un nouveau congrès extraordinaire du parti en parfaite harmonie avec le Président du parti.
 
La Rue meurt : Comment se porte le Président fondateur de l’UPADS, le Pr. Lissouba ?
 
Ange Edouard Poungui : Je dois tout d’abord rappeler que le Président Lissouba a été unanimement reconduit à la tête du parti lors du dernier congrès dont j’ai parlé plus avant. Il est toujours aux commandes de son parti. Quant à sa santé, permettez-moi de dire qu’il a, comme chacun de nous, la santé de son âge. Nous rendons grâce au Seigneur de l’avoir gardé parmi nous jusqu’aujourd’hui alors que d’autres, plus jeunes que lui, nous ont déjà quittés. Notre président peut être considéré aujourd’hui, comme l’un des doyens des hommes politiques congolais aux côtés d’Augustin Poignet et Simon Pierre Kikounga Ngot.
 
La Rue meurt : Vous avez souvent l’occasion de voir le professeur Pascal Lissouba. Comment apprécie –t-il la situation actuelle de son parti ?
 
Ange Edouard Poungui : Je rappelle que le dernier congrès du parti avait été convoqué par le président Pascal Lissouba lui-même, conformément aux statuts du parti. Le Secrétaire Général élu Pascal Tsaty Mabiala qu’il a personnellement reçu à Paris a toute sa confiance. Il suit lui-même les activités du parti à travers les comtes-rendus que lui font régulièrement les vices-présidents, notamment le camarade Gamassa. Il nous invite inlassablement à rester unis car, plus que quiconque, il sait que l’unité est la seule force qui l’a porté à la tête de notre pays.
 
La Rue meurt : A Brazzaville, on parle de plus en plus de l’amnistie du Président Pascal Lissouba. Simple rumeur ?
 
Ange Edouard Poungui : Récemment, j’ai répondu à cette question sur les antennes de RFI qui n’avait d’ailleurs pas diffusé la totalité de mes propos. En effet, interrogé par le journaliste, j’avais commencé par relever que je n’ai jamais entendu le Président Sassou dire qu’il était disposé à amnistier le Président Pascal Lissouba. Bien au contraire. En revanche, j’ai entendu le président Sassou rappeler sur RFI, que le Président Lissouba et deux de ses anciens collaborateurs avaient été condamnés par contumace par la justice congolaise. Cela suffisait à enlever tout crédit à la rumeur au sujet de cette fameuse amnistie que l’on prête d’ailleurs à l’ambassadeur Henri Lopes. Je pense pour ma part que, si le président Sassou est vraiment disposé à favoriser la réconciliation nationale, il devrait prendre des mesures de portée générale, sans discrimination, au lieu de le faire à la tête du client ou au gré des allégeances à son régime.
 
La Rue meurt : Comment apprécier-vous les résultats obtenus par l’UPADS aux dernières législatives ?
 
Ange Edouard Poungui : Il est de notoriété publique que si les dernières élections législatives avaient été libres et transparentes, l’UPADS compterait aujourd’hui une trentaine de députés à l’assemblée nationale. Or tout a été fait dans une méga pagaille savamment orchestrée, dans le seul but d’empêcher les citoyens congolais d’utiliser l’unique arme à sa disposition, pour sanctionner le régime actuel : le bulletin de vote.
 
Je mentirai si je disais que j’étais surpris. Je m’attendais à ce qu’il y ait fraude massive se traduisant par le bourrage des urnes, la falsification des résultats, mais j’étais loin de penser que le pouvoir irait jusqu’à empêcher les citoyens de voter en les privant des cartes d’électeurs, en n’affichant pas les listes d’électeurs par bureau de vote, en retardant de plusieurs heures l’ouverture des bureaux de vote et à contrario, en les fermant avant l’heure légale, etc… La pagaille était tellement bien organisée que le taux de participation à ce scrutin n’a jamais été publié tout autant que les suffrages réellement exprimés.
 
C’est dans ces conditions que notre parti compte une dizaine de députés à l’Assemblée Nationale.
 
La Rue meurt : Etes-vous confiant dans l’organisation des locales ?
 
Ange Edouard Poungui : A l’heure où vous m’interrogez, j’ignore si le gouvernement tiendra la date du 20 janvier qu’il avait annoncée pour le déroulement des opérations électorales. Un black out intégral entoure ces élections. Aucune information n’est donnée à ce sujet ni au peuple ni aux partis encore moins la société civile. Cette dernière fait d’ailleurs l’objet de menaces et d’intimidations pour avoir osé proposer au gouvernement de reconnaître tout haut ce que tout le monde dit tout bas : objectivement le calendrier électoral constitutionnel aussi bien en 2008 qu’en 2009 ne tiendra pas la route. Secret défense ? Cela m’inquiète et avec moi, les honnêtes gens. Alors, les spéculations vont bon train. Certains croient savoir que ce retard est imputable à la difficulté que la coalition présidentielle éprouve pour constituer ses listes avec ses nouveaux alliés et surtout le mal qu’ils ont à désigner les têtes de listes. D’autres plus persifleurs, vont jusqu’à affirmer de manière péremptoire que le pouvoir est en train de peaufiner les méthodes lui permettant d’éliminer les listes jugées iconoclastes mais susceptibles de rafler la mise dans telle circonscription où le pouvoir a déjà eu la preuve de son impopularité endémique et ou sans état d’âme, il a carrément inversé les résultats au profit de ses thuriféraires. Cependant, cette fois, l’exercice n’est pas aisé car il s’agit d’un scrutin de liste autrement dit : la proportionnelle.
 
Non je ne suis pas confiant en l’organisation des élections locales par le pouvoir actuel pas plus que je ne l’étais pour les législatives. Mais cette fois nous n’assisterons plus en passifs à ce nouveau hold-up électoral annoncé. A cet effet, nous utiliserons jusqu’au moindre interstice, les dispositions de surveillance et de contrôle, prévues par la loi électorale actuelle. A ce propos, je vous renvoie à l’article que j’avais publié la veille des législatives sur la nécessité d’instituer de manière consensuelle, une commission électorale véritablement indépendante, chargée d’organiser toutes les consultations électorales apaisées, aujourd’hui et demain, plus particulièrement l’élection présidentielle de 2009.
 
La Rue meurt : Quels vœux formulez-vous pour tous les militants et sympathisants de l’UPADS ?
 
Ange Edouard Poungui : Au début de cette année 2008 qui vient de commencer, je formule à l’endroit des militants, cadres et sympathisants de l’UPADS, mes vœux de bonne santé, de bonheur et de succès pour tout ce qu’ils entreprendront au cours de cette nouvelle année. Du fond de mon cœur, je souhaite que cette année soit l’année de consolidation des acquis enregistrés tout au long de l’année qui vient de s’achever. Que 2008 soit pour l’UPADS, l’année du dialogue et de la réconciliation. Enfin, que l’année 2008 soit le point de départ de notre longue marche pour la reconquête du pouvoir afin de mettre un terme à la gestion calamiteuse du régime issu du coup d’Etat qui a renversé en 1997, la veille du scrutin présidentiel, le régime démocratique incarné par le Président Pascal Lissouba.
 
Propos recueilli par Machiavel TOUADIKISSA-MASSANGA
 La Rue meurt : n° 627 du lundi 28 janvier 2008  

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