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La démarche religieuse
D'une approche absolue à une approche relative
Au terme de cette remise en perspective historique et logique, nous pouvons observer que le paradoxe de Lessing reste sauf : les trois grandes religions monothéistes peuvent considérer qu’elles sont légitimement détentrices d’un anneau qui atteste de leur qualité de dignes héritières du vouloir de Dieu.
Héritières du vouloir de Dieu, ces religions le sont non seulement par leurs traditions religieuses et spirituelles respectives, mais certainement bien plus encore par la relation dynamique qui les unit dans leurs diversités. Chacune représente un angle de vue particulier de la même montagne de la révélation de l’homme et de la révélation de Dieu. Chacune représente un moment logique de la phase de développement de l’homme dans ses relations constitutives par rapport à Dieu et par rapport à ses semblables. Elles sont toutes vraies par la dynamique de vie qui les traverse. Elles sont toutes vraies quand elles laissent jouer librement cette dynamique à travers elles. Elles sont toutes fausses quand elles veulent capturer le mouvement de la vie à l’intérieur d’elles-mêmes, se considérant alors abusivement comme seules créatrices du mouvement même de la vie…
… Au contraire, réajustées l’une à l’autre en fonction de leur particularité propre, les trois grandes religions témoigneraient ensemble du mouvement dynamique du développement humain et spirituel. Oui, Dieu seul est Dieu et l’homme n’est pas le centre de l’univers. Rappel essentiel pour l’Occident, aveuglé par un désir de maîtrise qui fonctionne comme une redoutable idolâtrie, aussi meurtrière que suicidaire. Oui, la Loi existe et est structurante pour l’humanité. La Loi n’est pas le fruit maudit de la perversion. Elle est le fruit béni attaché par Dieu à l’arbre de la connaissance de ce qui est bon et mauvais. Elle est à la fois exigence et promesse pour tous. Car Tu ne tueras pas veut dire : Si tu respectes la loi, alors je pourrai vivre. Et réciproquement : Si je respecte la loi, alors tu pourras vivre. Et enfin, oui, nous pouvons nous tourner vers un Dieu qui, selon la liberté retrouvée de notre propre désir, retrouvera lui-même la liberté d’avoir pour nous la bonté d’un père, plutôt que la sévérité d’un maître d’esclaves ou d’un maître de chantier.
Il faut donc que le musulman reste musulman, que le juif reste juif et que le chrétien reste chrétien. Et il faut que chacun comprenne que l’autre a le devoir de vivre en vérité ce qu’il vit. C’est bien plus qu’un droit ou une tolérance.
« Comme un veilleur attend l’aurore » p. 169 - 170
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