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Ouverture à l'avènement de Dieu dans l'histoire

On peut aussi relire l’alliance comme un pont réunissant deux rives, comme un lieu de rencontre entre Dieu et son peuple. Et dans cette perspective plus ouverte, on ne peut qu’être frappé d’observer l’évolution qui s’est produite au cours de l’histoire dans la conscience que le peuple pouvait avoir de son Dieu, comme de lui-même, engagé dans cette alliance…

- Au temps des patriarches, Dieu ne pouvait être qualifié qu’en référence au nom des ancêtres communs. Auprès des autres dieux et des idoles familiales, bien concrètes et rassurantes, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, Dieu des promesses pour l’avenir, pouvait paraître bien incertain, pour les membres du clan.

- Lors de la sortie d’égypte, le Dieu des pères s’était montré assurément plus puissant que les dieux et les mages des égyptiens, puisqu’un peuple d’esclaves avait pu être arraché à la poigne de fer du pharaon.

- L’expérience du désert, l’implantation en terre de Canaan, au milieu mais à part des autres peuples, le développement de la royauté, du culte et de l’écriture ont ensuite fait prendre conscience du lien personnel et particulier qui unissait le Dieu des pères à un peuple « choisi ».

- Puis, sont venues les infidélités religieuses, les guerres, la destruction du temple et de la royauté, la déportation à Babylone, puis, cinquante ans plus tard, la destruction de ces mêmes ennemis d’Israël par un autre peuple tout aussi païen, rendant possible le retour en terre d’Israël. La relecture religieuse de ces évènements qui dépassaient largement les frontières d’Israël, comme aussi les limites de la foi juive, a achevé de faire prendre conscience au peuple que son Dieu n’était pas seulement le Dieu personnel et particulier d’Israël, mais que ce Dieu agissait même sur les nations païennes : Dieu détenait les rênes de l’histoire et dirigeait des nations qui ne le connaissaient même pas, tel un homme qui conduirait un cheval en lui commandant par le mors. Le Dieu d’Israël apparaît ainsi comme un Dieu unique qui préside aux destinées de l’histoire universelle. En dehors de lui, il n’y a pas d’autre dieu, la « chose » est désormais acquise.

- L’expérience de l’alliance fait alors retour aux origines. La relecture de la maîtrise de Dieu sur l’histoire dans le vécu actuel du croyant, reconduit à une relecture de la sortie d’égypte et des récits se rapportant aux patriarches : si Dieu agit ainsi aujourd’hui, c’est qu’il a toujours agi ainsi autrefois, bien que le peuple, alors, n’en ait pas eu clairement conscience. Dieu était déjà tel dès le commencement du monde : c’est Dieu qui a créé le ciel et la terre et tout ce qu’ils renferment. Le Dieu de l’alliance se découvre alors comme Dieu créateur.

Ainsi donc, une relecture religieuse du simple cours de l’histoire, réactualisée sans cesse à travers la dynamique de l’alliance, a conduit le peuple à effectuer un pèlerinage de près de deux mille ans. L’entourage d’Abraham était parti d’Ur en Chaldée en compagnie, pensait-on, d’un petit Dieu modeste et domestique. Et voilà qu’après la grande épreuve et la restauration du culte, les exilés de retour au pays méditent sur la sagesse personnifiée de leur grand Dieu, unique, universel, transcendant, créateur et bienveillant pour tous les hommes.

Cette compréhension de Dieu est un point d’aboutissement historique, pas un postulat de départ. C’est une différence fondamentale par rapport à d’autres religions.

« Un Dieu vivant pour un monde vivant » p 72-73




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