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Un risque de réduction de la démarche religieuse

… C’est pourtant à cette conception réductrice que l’on risque d’aboutir lorsqu’on appréhende l’alliance au seul niveau de l’impact qu’elle produit en l’homme. On parlera alors de l’intervention favorable de Dieu dans l’histoire, de la réponse de l’homme par la pratique de la loi, et surtout, de l’avenir de bénédiction réservé au fidèle qui pratique la Loi. On se plaira à voir dans le bonheur et la prospérité, la conséquence logique de la fidélité de Dieu à l’alliance, autant que de la fidélité de l’homme à cette alliance. Insensiblement, la prospérité, initialement interprétée comme signe et récompense de la fidélité du juste, sera progressivement perçue comme la conséquence nécessaire de la justice du fidèle. Une distorsion se produit alors dans la compréhension et le vécu de l’alliance. Car l’alliance ne sera plus recherchée pour elle-même, parce qu’elle est le lieu de la rencontre avec Dieu, mais pour les effets qu’elle produit en l’homme. La promesse gratuite du bonheur, effet de la rencontre de Dieu, devient une finalité logique pour l’homme. On entre ainsi dans une logique du donnant-donnant où l’alliance est réduite à ses effets, où l’avenir de bonheur devient un dû, stricte contrepartie obligatoire de la fidélité de Dieu et de la fidélité de l’homme à l’alliance commune. C’est la thématique de la « juste rétribution ».

Dans ce cadre d’interprétation, on comprendra, à niveau individuel, que le malheur qui frappe un homme soit nécessairement perçu comme la conséquence de son péché, le signe manifeste de sa faute. Et le malheur du juste persécuté sera nécessairement incompréhensible et deviendra objet de scandale. C’est dans ce contexte étroit et réducteur que s’inscrit toute l’histoire de Job qui ne comprend pas pourquoi lui, qui est juste, se trouve accablé de tous les maux. De même, à niveau collectif, on réduira la « possession de la terre promise » à sa seule dimension matérielle, perçue davantage comme un dû de droit divin, plutôt que, précisément, une promesse divine porteuse d’une dimension spirituelle liée à un futur toujours en devenir et jamais clôturé dans sa matérialité.

 « Un Dieu vivant pour un monde vivant » p 71-72




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