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Une certaine approche de la religion
En définitive, quelle approche de la religion pourrais-je donc vous proposer ?
Nous éviterons le refuge de l’esthétisme. Nous tournerons le dos à tout impérialisme institutionnel. Nous resterons à distance respectable de la théologie, dont nous saluerons de loin la couronne de science. Nous resterons à portée de voix du témoignage individuel à qui nous reconnaîtrons le mérite de vouloir échanger une expérience de vie contre une curiosité culturelle. Nous maintiendrons une distance prudente à l’égard des spiritualités, car l’admiration qu’elles suscitent pour leur zèle religieux n’a d’égal que la crainte qu’elles inspirent pour leurs possibles déviations… Dans ce désert où chacun se retrouve alors seul, avec son questionnement propre dans son cœur et dans sa tête, y aurait-il donc place pour une autre démarche humaine de raison ? Car s’il ne faut pas de raisons pour croire, la foi n’est quand même pas sans raison. Comment en rendre compte sans tomber dans tous les pièges évoqués, ou du moins, sans y rester enfermé ?
… Dans cette perspective, l’objet de la démarche ne serait-il pas dans la relecture de la visée de foi globale de chaque religion ? Pour arriver à cette compréhension, il ne s’agirait pas de dégager une théorisation rationnelle de la religion, de développer une théologie de la foi comme il existe une théologie de l’histoire, une théologie de la rédemption, une théologie de la libération, et bien d’autres encore. Il ne s’agirait pas de créer des concepts. Il s’agirait d’opérer un discernement visant à découvrir ou retrouver une sorte de principe fondamental d’harmonie d’une religion. Harmonie entre toutes les composantes en tension de nos vies individuelles. Harmonie entre les évolutions apparemment erratiques de l’histoire universelle. Dans cette recherche, la vérité n’aurait pas le sens étroit d’une adéquation entre un concept et une réalité. Mais le degré de vérité s’apprécierait à la mesure de la capacité d’une religion à assumer toutes les forces, les tensions et contradictions de nos existences. La visée d’une telle démarche serait en définitive l’effet de sens qui peut se produire lorsque l’on interroge la vie humaine à partir du mot de Dieu, et réciproquement, lorsque l’on interroge le mot de Dieu à partir de l’existence humaine. Nous pourrions parler de cohérence, mais seulement par référence à ce sentiment gratifiant de plénitude que produit un effet de sens, qui résulte lui-même de la reconnaissance intime, avec les yeux du cœur et les yeux de l’intelligence, d’un fil conducteur qui relierait, et par-là recoudrait pour ainsi dire, les aléas de nos existences personnelles et les ruptures de nos histoires collectives.
« Un Dieu vivant pour un monde vivant » p 9-10
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