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Un déplacement dans la modélisation du savoir
D’un rapport de séparation sujet-objet, à un rapport d’appartenance
La modélisation est liée au processus de la recherche scientifique. Le modèle est une sorte de simulateur épuré de la réalité. C’est une reconstruction systémique du réel qui est censée intégrer tous les éléments structurels d'un phénomène, en éliminant toutes les données parasitaires. Chaque composante aura été au préalable dûment décrite et mesurée. Dans ce microcosme épuré, chaque interaction pourra être parfaitement observée et quantifiée dans son développement.
La démarche scientifique occidentale, fille de la rationalité grecque, intègre dans cette modélisation l’élément structurel d’une rupture nette entre le sujet qui observe et l’objet qui est observé. Par définition - ou plus exactement, par modélisation - l’observateur ne peut interférer par sa subjectivité sur le phénomène observé, sous peine de fausser l’observation. Cette rupture épistémologique est particulièrement opératoire et féconde dans le cadre des « sciences dures » telles que la physique, la chimie, l’astronomie, etc. Cette rupture est déjà beaucoup moins évidente dans le cas des sciences humaines, précisément dans la mesure où l’objet d’observation est en interaction beaucoup plus étroite avec la vie réelle du sujet. Dans le cas extrême de la psychanalyse, d’aucuns s’interrogeraient même sur le caractère scientifique de cette démarche dans la mesure où la rupture entre le sujet et « l’objet » n’existe plus puisque l’analysant est à la fois celui qui analyse et celui qui est analysé. Cependant, l’analyste assume un double rôle de sujet taisant qui attend la vérité en devenir, et de garant du protocole analytique. Ce double rôle préserve la démarche de raison à l’intérieur de certaines limites d’analyse. Il y a donc bien objet d’observation et méthode rationnelle dûment décrite. En ce sens, on peut effectivement parler de démarche de science à propos de l’analyse. Mais la moindre approche empirique de la chose fera comprendre que la psychanalyse n’est pas une science qui fonctionne de la même manière que la physique, la chimie ou l’astronomie…
On peut donc qualifier de scientifique le processus d’étude de la physique comme aussi le processus d’analyse de la psychanalyse, bien que les modèles rationnels mis en œuvre de part et d’autre soient différents. La psychanalyse, au nom même de son efficacité opératoire dans son ordre, doit revendiquer son autonomie et faire valoir sa spécificité au regard des sciences dures, dites exactes. De la même manière, dans le champ humain et religieux, il y a lieu de prendre acte du fait que, pour ce qui concerne les questions existentielles qui touchent à l’homme et à Dieu, le type de rationalité mis en jeu doit être adapté à la structure relationnelle particulière qui existe entre l’homme et Dieu. S’il est essentiel de faire œuvre de raison, il est tout aussi essentiel de pouvoir se dégager d’une démarche de raison à la méthodologie trop étroite qui serait inadéquate à la question à traiter. Le travail de raison, en matière religieuse, a aujourd’hui autant besoin de s’affranchir de la théologie spéculative que la psychanalyse avait besoin de s’affranchir d’un certain scientisme réducteur. Il s’agirait ni plus ni moins de réinventer un type de rationalité qui s'affranchirait d'une certaine théologie spéculative dont l'abstraction dominante occulte les dimensions structurelles de l'historicité et de l'engagement personnel dans la démarche chrétienne.
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