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Vers une représentation élargie de la notion de vérité

 

L’apport encore inexploité de la philosophie du langage pour une réflexion religieuse renouvelée

 

Toutes les sociétés, et toutes les religions en particulier, sont implicitement fondées sur une certaine représentation de la vérité, laquelle se révèlera déterminante dans l’approche de la réalité et dans les choix de vie qui en résulteront. Les recherches dans le domaine du langage sont éclairantes à ce sujet.

 

Dans la vérité de type constat, le mot est comme la photographie de la chose. Le langage fonctionne comme un décodage entre deux termes strictement équivalents, à la manière d’une traduction littérale ou d’une opération algébrique. En finale, l’inconnue « x » sera purement et simplement remplacée par sa valeur chiffrée. A un niveau de langage élémentaire, la vérité n’est rien d’autre que l’adéquation de la parole à la chose. En disant que le chat est couché dans son panier, le langage se limite à la traduction verbalisée du phénomène qu’il décrit. La chose est le support du langage, et le langage coïncide à son support. A un niveau de langage plus développé, la vérité du discours s’identifiera au respect des règles de fonctionnement de la logique du langage. En précisant : si le chat est dans son panier, et si le panier est dans la cuisine, alors le chat est dans la cuisine, le discours ne fait qu’obéir aux règles de la logique. En sortant du champ clos de ces règles formelles qui balisent le développement du discours, le langage se condamnerait à la non-pertinence : au nom de quoi pourrait-on dire que le chat est beau ou aimable ? Tout au plus pourrait-on constater qu’il est en bonne ou mauvaise santé.

 

Dans l’évocation de ce type de vérité, nous reconnaissons les critères d’appréciation que notre culture se donne en référence au discours scientifique. La science est vraie parce que le discours scientifique est conforme à la réalité et permet de mieux maîtriser le réel. Dans cette perception dominante des choses, la vérité s’énonce d’elle-même, selon des règles de validité parfaitement indépendantes de la subjectivité de ceux qui parlent et de ceux qui écoutent.

 

 

Mais il existe d’autres types de langage, tels que la promesse, l’ordre, l’interdit... Dans ce registre, la vérité perd son caractère immédiat d’adéquation et de logique pour prendre le sens d’un accomplissement, toujours différé dans le temps et toujours conditionné par le degré d’implication des sujets touchés par le discours. Une promesse n’est jamais vraie par elle-même. Elle le devient si le temps le permet, et si chacun accepte de s’investir dans l’engagement que le discours inaugure. Une telle vérité est toujours conditionnelle. L’acte, qui mobilise le temps et l’engagement personnel, devient à ce niveau l’élément structurel de ce type de vérité, alors que dans l’ordre du simple constat, la notion clé était celle de l’adéquation, mettant en jeu l’intelligence dans son caractère de vivacité et de capacité d’association.

 

S’agissant des questions existentielles de l’homme et de Dieu, il serait donc utile de prendre acte de cet écart épistémologique entre ces deux types de vérité, ce qui est loin d’être acquis dans les faits. Identifier le réel au fait serait profondément réducteur. De la même manière, la Bible, fondement de la démarche religieuse de tout le judéo-christianisme, n’est pas une simple compilation de textes réputés être de type descriptif. Ce serait méconnaître la diversité des genres littéraires qui se déclinent en promesses, commandements, reproches, « prophéties ». Cette diversité de genres exige une autre approche de raison que celle de l’adéquation, sous peine de se voir contraint de refaire le procès de Galilée… à l’envers.

 

Cet essai tend à faire comprendre, tant d’un point de vue négatif, à travers la critique des apories d’une certaine théologie réductrice, que d’un point de vue prospectif, notamment à travers l’exégèse de trois textes bibliques en quatrième partie d’ouvrage, que, dans les domaines religieux et humain, la vérité relève essentiellement de ce deuxième type et ne peut s’articuler qu’au niveau symbolique, au sens fort du terme. La vérité authentique ne se réduit pas à un énoncé intelligible ; elle est aussi et d’abord mise en jeu respectueuse de liens d’appartenance structurants entre les personnes que cette vérité atteint. Réduire la vérité ultime de la religion et de l’homme au simple niveau de la vérité - constat, est déjà en soi une « hérésie », au sens étymologique le plus strict, un « arrachement » de l’essentiel de la vérité de l’homme et de la vérité de Dieu. C’est sacraliser la raison abstraite au détriment de l’acte de raison qui en perd alors toute fécondité.

 

Ce distinguo est évidemment fondamental dans l’approche de sa propre vie personnelle, de la vie sociale et de la question de Dieu.

 




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