|
Savoir et discerner
Dans le contexte de la rationalité occidentale, un travail de raison s’inscrit naturellement dans le cadre d’une acquisition supplémentaire de savoir ou de savoir-faire susceptible de procurer un surcroît de maîtrise sur le monde et l’univers. Comme s’il y avait pratiquement coïncidence entre intelligence, savoir et pouvoir. Tout ce qui déborderait cette adéquation tomberait-il dans le champ du non pertinent ?
Ainsi, une étude scientifique repose nécessairement sur une analyse de faits et de données statistiques aussi approfondie et exhaustive que possible de telle sorte que les conclusions soient réellement tirées des faits et en cohérence avec ceux-ci. Au terme du processus, les chiffres et les faits doivent parler d’eux-mêmes et recueillir idéalement l’assentiment du plus grand nombre. Certes, une théorisation prospective comportera toujours une prise de risque. Mais le soubassement analytique doit être certain et irréfutable.
Le discernement s’inscrit dans une autre perspective qui s’apparente davantage au diagnostic médical. Il s’agit de relever certains faits qui seront qualifiés de symptômes au regard du savoir médical encyclopédique. Un lien sera ainsi établi entre un corps en souffrance concret et un savoir théorique. Le praticien n’est pas entièrement investi dans un savoir médical théorique ; il n’est pas non plus enfermé dans une relation humaine d’aide au malade. Il est entre le malade et la maladie, à la place de celui qui voit et qui parle pour que le malade retrouve sa place de sujet humain, malgré la souffrance qui l’affecte.
Ce livre s’inscrit résolument dans la mouvance de cette deuxième approche. S’agissant des religions, le point de vue n’est nullement phénoménologique. Le texte ne comporte volontairement aucune note en bas de page, ni même de bibliographie en fin d’ouvrage. Il a pour seule ambition de qualifier des faits observés à partir d’un certain point de vue, en évitant si possible le piège d’une exhaustivité analytique indéfinie qui perdrait toute dimension de sens, ou au contraire, l’écueil d’une interprétation subjective induite par une appréhension trop sélective de la réalité. Libre à chacun d’apprécier cette qualification et de vérifier les bases de données qui sont par ailleurs aujourd’hui facilement accessibles à tous.
|