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Comme un veilleur attend l’aurore

L’Harmattan   Religions et spiritualité

Page de couverture

Une relecture attentive et originale de deux récits bibliques se rapportant aux personnages de Jacob et de David conduit à une réflexion qui opère un déplacement de perspective significatif dans la perception des rapports entre la religion et la culture et entre les religions elles-mêmes.

Encore faut-il délaisser les autoroutes du savoir, de la prétention et du pouvoir, pour se rendre attentif au murmure de l’Esprit qui nous conduit par les humbles chemins de l’écriture.

Cette lecture méditée et raisonnée nous tient éveillés dans la nuit, dans l’attente d’une aube nouvelle pour une humanité en quête de sens.

L’auteur

De formation classique, quelques années de droit, une expérience de vie monastique, une licence de théologie… Marié à une française de culture et de religion musulmanes, une expérience du dialogue interreligieux, français mais d’origine belge… Philippe Leclercq est également l’auteur d’un essai intitulé : Un Dieu vivant pour un monde vivant, paru en 2005 aux éditions L’Harmattan dans la collection Cheminements Spirituels.

Présentation du livre

L’écriture est claire, la tonalité sereine, la réflexion prudente. Pour autant, la démarche est peu banale et interpelle le lecteur dans son approche de la Bible, dans son travail de raison, dans son rapport à la religion.

- Relecture déroutante de la Bible à travers deux séries de textes qui heurtent notre sensibilité d’esthètes. Combien de croyants ne voudraient voir dans le premier testament qu’une propédeutique élémentaire, dépassée par la douceur évangélique… Or voici deux figures d’anti-héros : Jacob, viscéralement taraudé par la peur de son frère Esaü, obsédé par la menace de l’avenir, tout investi dans un travail opiniâtre, parfois tortueux, toujours calculateur. Mais c’est en acceptant de vivre et d’exposer cette angoisse sous le regard de Dieu que le craintif Jacob sortira de son combat en Israël victorieux, mais boiteux. Puis le récit mettra David en scène, en monarque despotique, abusant de son pouvoir pour s’approprier la femme d’Urie le Hittite, allant jusqu’à planifier la mise à mort de cet homme, pourtant l’un des trente preux dont la Bible a conservé les noms pour la postérité d’Israël. Or la relecture du récit pointe sur ce paradoxe, déjà si proche de ce qui fait le cœur de la foi chrétienne, que le meurtre le plus inhumain, exposé sous le regard de Dieu, devient un lieu de révélation de Dieu pour l’homme, et de l’homme à lui-même…

- Cette relecture suggère avec force que dès lors qu’il s’agit de l’homme et de Dieu, le travail de vérité exige la mise en jeu d’un type de rationalité différent de celui auquel on a recours habituellement. Le sens du texte en appelle à l’implication subjective du lecteur dans l’acte de comprendre. Le modèle standard de la rationalité qui repose sur le postulat de la séparation entre le sujet et l’objet n’est plus pertinent lorsqu’il s’agit du rapport vital de l’homme à son fondement. Car ce qui est en cause, ce n’est pas de développer une maîtrise de raison sur une chose extérieure qui serait ainsi com-prise et ap-préhendée. Il s’agit bien plutôt de développer une maîtrise de soi qui imposerait silence à la raison raisonnante pour que ce discours de rationalisation ne couvre pas le murmure de la symbolisation multiforme qui se dit à travers le texte, mais avec toute la discrétion du respect de la liberté de l’autre. Car le sens du texte déborde largement la pensée claire qui n’en est que la première enveloppe. Dans ce travail de lecture, la difficulté n’est pas tant de saisir le texte pour le com-prendre, que d’ouvrir en soi un espace d’écoute et de résonance suffisant pour laisser aux mots la possibilité d’exprimer leur puissance de suggestion. Délaisser l’impérialisme de la raison purement objective et opératoire pour être introduit, pas seulement avec son intelligence, mais aussi avec son vécu, dans l’intelligence de la symbolisation. En la matière, le lecteur n’est plus seigneur et maître de l’univers, mais mendiant et pèlerin de la parole…

- Changement de perspective aussi dans le rapport à la religion, comme le donne à entendre la deuxième partie réflexive du livre. Par comparaison, on pourrait observer une entreprise économique à travers le clivage de son organisation entre cadres et non-cadres ; mais on pourrait aussi l’appréhender par le biais d’une autre ligne de démarcation qui passerait entre les salariés motivés et ceux qui ne le sont pas, cadres ou non. De même, nous pouvons considérer notre terre comme traversée horizontalement par une série de parallèles qui délimiteraient symboliquement chacune des religions de notre monde ; mais nous pouvons aussi considérer notre planète comme traversée verticalement par un méridien unique de référence. D’un côté, les fidèles de chaque religion vivraient leur rapport à Dieu dans le dynamisme d’un avenir toujours nouveau. Les frontières interreligieuses seraient alors relatives par rapport à cette dynamique fondatrice, créatrice et unifiante. De l’autre côté du méridien, les membres de chaque religion vivraient leur foi prioritairement dans la peur et l’avidité. En vivant secrètement cette peur en eux-mêmes, ils réduiraient Dieu à la compensation idolâtrée de leur abîme, et la religion, aux certitudes indispensables à leur déséquilibre de vie. Alors le Dieu de l’autre ne peut que porter ombrage, et la pratique de l’autre ne peut qu’être menaçante.

Dans ce déplacement de perspectives, le lecteur découvrira avec bonheur la leçon suggestive du paradoxe de Lessing, ainsi que la typologie, classique mais renouvelée, des trois modèles relationnels complémentaires : celui de l’esclave et du maître, du « mercenaire » et de celui qui le paie, du fils et du père, en lien avec la parabole de Luc : « Un homme avait deux fils… »

Ainsi, sur la face sombre de notre terre, dans la nuit passagère de notre humanité, s’allument les bûchers de l’intolérance qui éclairent les massacres de nos Saint-Barthélemy. Mais sur l’autre face de la terre, là où pointe un soleil émergeant de la nuit, un jour nouveau ne se lève-t-il pas ? Un jour où les frontières interreligieuses ne seront plus des murs de honte ou de lamentations, mais des lieux de rencontres, des points de passage, des gués sur les rivières, des courbes de grâce, enfin : lignes de corps vivants, silhouettes de chairs fragiles, aimées de Dieu, inviolables mais librement ouvertes, données et pardonnées dans une relation de respect qui rende gloire à Dieu…

La traversée de la frontière indéfinie que dessine ce méridien qui démarque le jour de la nuit correspond à la translation du pôle de l’espace vers le pôle de l’historicité, évoquée au début de la deuxième partie du livre. Car nous vivons toujours sous l’empire de la phrase inaugurale de la modernité : La nature parle le langage des mathématiques. Galilée suggérait ainsi que la nature n’était pas mécaniquement régie par le discours de la Bible. En prenant ce chemin-là, l’Occident moderne a fait le choix préférentiel de la maîtrise de l'homme sur l’étendue. Aujourd’hui, ne serions-nous pas au seuil d’une nouvelle catharsis illuminée par une autre fulgurance selon laquelle l'histoire parlerait le langage de Dieu ? Echappant à l’empire du savoir représentatif - pôle de l'espace qui tend à enfermer dans l'immédiat et le matériel -, nous serions appelés à entrer dans un travail de déprise et de discernement qui permettrait à l’homme de renouer, mais sous d’autres modes que lors des temps anciens, avec la vie de Dieu qui se donne dans l'histoire…

Philippe Leclercq               Juillet  2006

 




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