Ce train qui circule à grande vitesse, faisant vibrer nos os,
qu’emporte-t-il loin d’ici, quelles frontières traverse-t-il ?
N’est-ce pas l’instant qui file, effrangeant la toile des heures ?
L’instant complice de l’équilibre
sur ce fil de fer que la vie nous tend ?
Avons-nous des mots pour signifier l’infime,
l’immense et l’improbable, l’abondant et le trop peu ?
Avons-nous des signes pour modifier le monde,
dans sa virgule peut-être, ou dans son étonnement ?
Là où l’horizon ploie, n’est-ce pas l’Homme qui flanche ?
N’est-ce pas l’Homme qui planche, où l’horizon se noie ?
La nature a tatoué chaque terme sur chaque Homme,
chaque Homme s’en va, avec ses propres mots ;
l’un dit seulement, l’autre marmonne pourquoi ;
quant à la femme, elle ne fait qu’un silence
qui vient du ventre, et du vent de la nuit.
Le temps est incertain, il est toujours distant.
On croit qu’il est là-bas, alors qu’il tisse ailleurs ;
ou bien qu’il file – ici.
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M’étant plongé dans la lecture d’un livre aux eaux souterraines
j’ai capturé des phrases aussi pures que profondes
dont le sens tourbillonne le sens commun des choses.
Il y a des mots qui bouleversent le regard
dérangeant l’ordre établi du monde ;
des mots réactifs, motivants, substantiels
dont la clarté diffuse d’ineffables pensées.
Le livre qui, dans les mains, transpire,
s’agite avec passion, retourne sans tomber :
voilà l’éphémère dont il faut battre les ailes ;
que la poussière en sorte en milliards de virgules,
afin de ponctuer nos jours
dans le sens de l’aller.
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Gargouillis dans la gorge,
ce sont ces mots des profondeurs
qui remontent, pêle-mêle, prêts à
dynamiter le souffle
d’entre les dents.
Je parle des charges contre l’attente,
des charges de buffles
sur la plaine où dorment les peines
et les jouissances.
Baissez donc les ponts-levis,
que les coursiers sauvages piétinent les convenances ;
que les manants franchissent le désir d’être ;
que chaque Homme soit
sous la flamme qui déchire.
Levez donc les leviers :
pour élever la voix
jusqu’au cœur de la vie !
Daniel Leduc
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Livre du Nombre (extrait)
Si la rotondité de la Terre, qu’Aristote avait démontrée par une incomplétude -- "Lors des éclipses, la Lune a toujours pour limite une ligne courbe : par conséquent, comme l'éclipse est due à l'interposition de la Terre, c'est la forme de la surface de la Terre qui est cause de la forme de cette ligne" --, si cette sphéricité n’était pas aplatie aux deux pôles, combien les Hommes pourraient-ils croire en l’idéal des formes, avec cette même foi qui les illusionne lorsqu’ils observent un coucher de soleil. L’apparence est trompeuse pour qui la lumière est vive, et ténébreuses les ombres ; l’apparence, qui pourtant, est cette peau des jours grâce à laquelle le monde se protège de lui-même.
Ainsi, le désert est-il peuplé d’innombrables ; le vide, plein de matière sombre ; et ce qui nous enchante, transparent d’interstices.
(lire la suite)
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Vous pourrez lire les quatre premiers chapitres d'un roman jeunesse intitulé Le mystère du Masque en cliquant sur les premières lignes de cet ouvrage :
À chaque fois que Raïssa, Grégoire et Serge se retrouvent au Café du Centre, c’est pour refaire le monde. Leurs discussions les entraînent sur des terrains glissants où les idées s’affrontent comme de preux chevaliers. Il faut dire que les trois adolescents possèdent chacun un caractère bien trempé : Raïssa ne supporte pas la moindre injustice ; Grégoire admet difficilement tout ce qui ne serait pas logique ; Serge est persuadé que le monde qui nous entoure n’est qu’apparent, et que la vérité est indomptable. Tous trois défendent passionnément leur point de vue, ce qui s’accompagne souvent par des protestations et des cris de colère. Mais au bout du compte, les trois amis s’accordent sur l’essentiel, et leurs réunions se terminent en général par des gestes d’affection et par des rires.
Toutefois, ce lundi, il en va tout autrement.
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Vous pouvez également prendre connaissance du début d'un nouveau roman jeunesse ayant pour titre L'homme qui revient de loin.
Cliquez sur l'extrait suivant :
Dans les villes, la nuit, il y a toujours ce bruit de fond ; comme des vagues qui rouleraient sur elles-mêmes, évoquant sans cesse le voyage des hommes sur leurs navires à la recherche d’un continent chimérique. Et lorsqu’on ferme les yeux, recroquevillée au fond du lit, tout en percevant le cliquetis de la pluie sur le toit en zinc, on a le sentiment de n’être qu’une petite fille dans les bras des ténèbres, abandonnée de tous, sur une île peuplée de courants d’air.
Cindy frissonne, blottie sous la couette ; elle s’imagine aux prises avec les éléments déchaînés de la mer ; espérant que quelqu’un viendra la sauver ; qu’elle ne se sentira plus jamais seule ; jamais seule…
C’est le sommeil qui l’emporte, jusqu’à cette rive qui devient le matin.
Et comme chaque matin, le réveil sonne, chassant les angoisses de la nuit. Alors il n’y a plus qu’un jour comme un autre, qu’une ribambelle d’habitudes qui se bouscule contre le temps.
Le café noir dans le bol Arcopal, le pain beurré qui s’émiette, la pomme mal épluchée ; et puis les premiers mots qui blessent :
— Alors, ma fille, toujours cette tête de nigaude, le matin ! Tu as le regard chiffonné comme si quelque chose t’avait froissée ; j’espère que ce n’est pas moi !
Cindy se contente de plisser les yeux ; quelques secondes pour ne plus voir.
Sa mère continue son harcèlement : ça fait partie des habitudes.
— Il faudra bien que tu te redresses un jour, on dirait une petite vieille penchée sur son passé ! Allez ouste, au lycée !
Pour Cindy, c’est la parole de délivrance “au lycée !”. Elle va pouvoir redevenir elle-même.

Toute forme d’intolérance, de racisme provient d’une faiblesse de la conscience.


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