Trois courts métrages documentaires qui présentent une société tiraillée par ses idéaux et ses paradoxes, ses rêves et ses cauchemars." Un mur pour la paix". Le philosophe Maurice de Gandillac livre une reflexion sans concession sur le concept de paix à l’occasion de l’inauguration par Jacques Chirac et Jean Tibéri du « mur pour la paix » devant l’École militaire. L’œuvre, conceptualisée par l’artiste Clara Halter et l’architecte Jean-Michel Wilmott, a été financée en partenariat avec le Ministère de la Défense qui organise quelques jours plus tard le salon de vente d’armes Euro Satory…Un film qui se joue avec malice d’une qualité image, plus « vintage » que broadcast… "Guerres spirituelles". Portrait sensible de Michel, clochard silencieux qui ère sans parler ni mendier dans le quartier du Marais à Paris. Un documentaire filmé avec une petite caméra numérique des années 90… "Tête de Turc." Les confessions d’une vie brisée, celle d’Ozkan Ozen, jeune homme d’origine turque, arrivé à l’âge de 2 ans en Lorraine, ancien toxicomane, condamné à 5 ans de prison pour trafic de stupéfiants à l’âge de 21 ans et finalement expulsé définitivement du territoire français. Un drame psychologique autour des problèmes liés à l’intégration, la délinquance, l’argent facile, la prison…
"Dans une télé aux allures de continuum cannibalisé par les formes narratives putassières, les silences sont devenus des fautes de gouts. La raison pour laquelle le DVD représente l'ultime refuge des documentaires à l'ancienne, ceux qui ne sont pas encore convertis à l'esthétique dicté par la télé-réalité. Etats Limites, compilation de 3 docs réalisés par Çiva de Gandillac est un bon exemple de ces films improgrammables en raison de leur austérité jugée repoussante. Dans ces modules d'une beauté lunaire, les trajectoires individuelles viennent éclairer un monde qui a perdu son humanité en chemin. Tête de Turc est une douloureuse mise en perspective des effets de la double peine. Un Mur pour la paix évoque cette notion de rapport pacifié dans un monde où chaque relation est empreinte de domination. Le plus beau des trois, Guerres Spirituelles, nous fait suivre l'errance de Michel, clodo traînant sa présence fantomatique dans les rues du Marais. Grande masse brune au visage marqué par l'ennui, Michel lâche de courtes phrases qui viennent casser son mutisme, seule carapace contre la violence extérieure. "Mon corps, c'est leur planète" nous dit cet étrange poète devant qui on a l'habitude de passer sans s'arrêter."
(Vincent COCQUEBER, Technikart)